L’installation du compteur Linky représente l’une des transformations les plus importantes du réseau électrique français. Avec 37,6 millions de foyers équipés, soit près de 95% du parc national, ce dispositif communicant s’impose progressivement comme la norme. Pourtant, environ 2,1 millions de personnes continuent de s’y opposer malgré l’obligation légale en vigueur depuis 2021. Ces réfractaires invoquent diverses préoccupations : les risques sanitaires liés aux ondes électromagnétiques, la protection des données personnelles, ou encore l’augmentation potentielle des frais de facturation. Certains dénoncent également une surveillance intrusive de leur consommation d’énergie. Face à cette situation, il devient nécessaire d’examiner précisément les motivations du refus, les procédures concrètes pour s’opposer à l’installation, ainsi que les conséquences juridiques et financières qui en découlent. Cet article examine également les risques réels ou supposés associés à ce dispositif devenu incontournable dans la transition énergétique.
Les raisons principales qui poussent à refuser le compteur Linky
Les préoccupations sanitaires liées aux ondes électromagnétiques
La technologie CPL (Courant Porteur en Ligne) utilisée par le compteur Linky constitue la première source d’inquiétude pour de nombreux opposants. Ce système injecte des radiofréquences entre 63 et 95 mégahertz directement dans l’ensemble des câbles et appareils électriques du logement. Les équipements domestiques n’étant pas conçus ni blindés pour recevoir ces fréquences, les ondes électromagnétiques se propagent dans l’air environnant.
Les mesures effectuées révèlent que ces radiofréquences sont détectables jusqu’à 2,50 mètres de tous les câbles encastrés dans les murs, des fils électriques apparents et même des appareils comme les lampes de chevet. Cette diffusion permanente d’ondes inquiète d’autant plus que le Centre International de Recherche sur le Cancer a classé les radiofréquences en catégorie 2B, c’est-à-dire potentiellement cancérigènes, depuis mai 2011.
Une étude américaine menée par S. Milham et L. Morgan, publiée en août 2008 dans l’American Journal of Industrial Medicine, renforce ces craintes. Cette recherche a mis en évidence une augmentation significative des pathologies cancéreuses chez les enseignants d’une école californienne équipée de compteurs communicants. Sur 137 enseignants recrutés entre 1988 et 2005, 16 étaient atteints de cancer, dont deux de double-cancer. Le risque de cancer corrélé spécifiquement avec l’exposition aux radiofréquences émises par les compteurs augmentait de 21% pour chaque année de présence.
Un rapport canadien établi sur 210 personnes vivant aux États-Unis, au Canada et en Australie établit un lien direct entre l’installation des compteurs intelligents et l’apparition de nombreux symptômes d’électrosensibilité. Les troubles du sommeil, les maux de tête, les difficultés de concentration, les nausées et les vertiges figurent parmi les manifestations récurrentes. Certains patients souffrent également de palpitations cardiaques ou d’états anxieux et dépressifs.
La jurisprudence a d’ailleurs reconnu ces problématiques dans certains cas. Le tribunal de Valence a jugé qu’Enedis devait désinstaller un compteur Linky et le remplacer par un ancien modèle non connecté suite à la plainte d’une propriétaire attestant d’une hypersensibilité médicalement diagnostiquée. Cette décision pourrait faire jurisprudence et ouvrir la voie à d’autres personnes souffrant d’électrosensibilité.
Les inquiétudes concernant la protection des données personnelles
Le compteur Linky transfère automatiquement les données de consommation aux acteurs de l’énergie. Ce dispositif peut déterminer à un instant T la consommation en électricité et déduire l’utilisation de tel ou tel appareil électrique dans le logement. Cette capacité de surveillance suscite des craintes légitimes concernant l’atteinte à la vie privée.
Les opposants refusent que leurs informations de consommation soient connues et redoutent qu’elles puissent être potentiellement piratées ou exploitées à des fins commerciales. Malgré les garanties affichées, la collecte systématique de données représente un risque en cas de faille de sécurité ou d’utilisation malveillante.
La Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés a néanmoins posé des limites strictes. Elle restreint les relevés de compteur à toutes les 10 minutes au maximum et uniquement sur consentement explicite du client. Les données les plus sensibles, relevées demi-heure par demi-heure, sont soumises à autorisation préalable.
Le tribunal administratif de Toulouse a confirmé les droits des usagers d’accepter ou de refuser la transmission des données collectées par le compteur communicant. Cette décision se fonde sur les directives émises par la CNIL et offre une protection juridique aux consommateurs. Il reste possible de refuser l’enregistrement de ces données et de les supprimer.
Bien qu’Enedis affirme que les données appartiennent au client et ne peuvent être utilisées sans son accord, conformément aux recommandations de la CNIL et au Règlement Général sur la Protection des Données, les préoccupations persistent. La transmission et l’exploitation des données demeurent un sujet sensible pour de nombreux usagers soucieux de préserver leur intimité.
Les surcoûts financiers imposés aux réfractaires
À partir du 1er août 2025, des frais supplémentaires s’appliquent systématiquement à tous les clients non équipés de Linky. Cette mesure financière vise à compenser les coûts de maintenance des anciens compteurs et à encourager l’adoption généralisée du nouveau dispositif.
Les consommateurs qui refusent délibérément l’installation devront payer 38,88 euros hors taxes par an, soit 46,70 euros toutes taxes comprises. Ceux qui ne transmettent pas leur index de consommation à Enedis devront s’acquitter de 63,72 euros hors taxes par an, soit 76,50 euros TTC. Ces montants représentent une augmentation substantielle par rapport aux frais antérieurs.
La décomposition détaillée des frais révèle un système à deux niveaux. Les clients sans compteur communicant paient 6,48 euros hors taxes tous les deux mois pour la gestion des compteurs ancienne génération. S’ajoutent 4,14 euros hors taxes tous les deux mois supplémentaires en cas de non-transmission depuis plus de 12 mois. Cette structure tarifaire progressive pénalise doublement les réfractaires.
Avant 2024, les clients sans compteur Linky qui ne transmettaient pas leurs relevés annuels se voyaient facturer 9,04 euros hors taxes tous les deux mois, soit environ 50 euros par an. L’augmentation des frais en 2025 marque donc un durcissement significatif de la politique tarifaire.
Cette mesure fait suite à la délibération de la Commission de Régulation de l’Énergie publiée le 4 février 2025. La CRE justifie ces frais par les coûts de maintenance des anciens compteurs qui nécessitent des interventions physiques régulières. Les clients ne pouvant pas installer le compteur intelligent pour des raisons techniques avérées ne sont pas concernés par ces pénalités.
Au-delà de ces frais automatiques, le coût global du déploiement de 5 à 7 milliards d’euros est financé indirectement par tous les consommateurs. Ce montant colossal a été progressivement intégré dans le TURPE, les Tarifs d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité, qui représentent 20 à 30% de la facture d’électricité. Tous les usagers participent ainsi au financement du projet, qu’ils disposent ou non du nouveau compteur.
Les procédures concrètes pour refuser l’installation du compteur Linky
Refuser l’accès au domicile lorsque le compteur est à l’intérieur
Lorsque le compteur électrique se situe à l’intérieur du domicile, les occupants disposent d’un levier juridique important. Ils peuvent légalement refuser l’accès aux techniciens d’Enedis au nom du droit à la propriété privée. Cette protection constitutionnelle empêche toute intrusion forcée dans le logement.
Un technicien Enedis n’a aucunement le droit de forcer la porte du logement ou de s’introduire sans autorisation. Si un particulier s’oppose catégoriquement le jour même de la pose, l’opération n’aura tout simplement pas lieu. Cette possibilité de refus physique reste l’un des rares moyens efficaces pour empêcher l’installation.
Enedis envoie un courrier informant l’abonné de la venue du technicien au minimum 30 à 45 jours avant la date de pose prévue. Ce délai permet théoriquement d’organiser une réponse. Il existe la possibilité d’envoyer une lettre de refus en recommandé avec accusé de réception au minimum un mois avant la date annoncée.
Cette lettre doit impérativement mentionner les nom, prénom et adresse complète du destinataire. D’un autre côté, l’efficacité de cette démarche demeure très limitée dans les faits. Les lettres types de refus circulant sur internet ne semblent pas fonctionner de manière satisfaisante.
La réalité du terrain montre que les équipes de déploiement ne tiennent généralement pas compte des courriers de refus. Elles se présentent malgré tout au domicile à la date prévue. C’est donc l’opposition physique, au moment de l’intervention, qui constitue la seule méthode réellement efficace pour les compteurs situés en intérieur.
Les limites du refus pour les compteurs extérieurs
La situation se complique considérablement lorsque le compteur est accessible depuis l’extérieur du logement. Dans ce cas, les techniciens d’Enedis peuvent procéder au remplacement sans demander d’autorisation particulière. Le droit à la propriété privée ne s’applique plus dans ces circonstances.
Il est formellement interdit de bloquer volontairement l’accès au compteur s’il est placé dans un emplacement extérieur. Cela concerne les compteurs situés dans un local technique, sur le palier d’un immeuble, dans un placard des parties communes ou dans le sous-sol de la copropriété. Toute obstruction constitue une infraction.
Enchaîner ou cadenasser son compteur extérieur représente un acte illégal passible de sanctions. Les personnes ayant tenté cette approche se sont exposées à des poursuites judiciaires. Cette stratégie, parfois recommandée sur certains forums, doit être absolument évitée car elle enfreint la réglementation en vigueur.
Dans les immeubles en copropriété, où le compteur se trouve généralement dans un local extérieur au logement individuel, il devient pratiquement impossible d’empêcher l’installation. Les techniciens peuvent accéder librement à ces espaces communs sans avoir besoin de pénétrer dans les appartements privés.
Cette distinction entre compteurs intérieurs et extérieurs crée une inégalité de fait entre les usagers. Les locataires ou propriétaires disposant d’un compteur en intérieur conservent une marge de manœuvre concrète, tandis que ceux dont le dispositif est accessible depuis l’extérieur n’ont pratiquement aucun moyen légal de s’opposer à la pose du compteur communicant.
La réponse systématique d’Enedis aux refus
Les équipes de déploiement d’Enedis suivent des instructions claires concernant les oppositions. Elles ne tiennent pas compte des courriers de refus et poursuivent leur mission conformément au planning établi. Dans la plupart des cas, les clients réfractaires reçoivent un courrier de rappel quelques semaines après leur opposition.
Enedis répond systématiquement en rappelant que le compteur ne vous appartient pas. Il constitue la propriété des collectivités territoriales qui en confient l’exploitation au gestionnaire de réseau à travers un contrat de concession. Cet argument juridique sert de base à toutes les réponses face aux tentatives de refus.
La communication d’Enedis insiste sur le fait que le remplacement est obligatoire, spécifiquement prévu par la loi et la réglementation. Le gestionnaire de réseau se positionne comme simple exécutant d’une mission de service public d’électricité. Il ne dispose prétendument d’aucune marge de manœuvre face aux obligations légales.
Les collectivités territoriales elles-mêmes sont soumises à l’obligation légale d’installer les compteurs communicants. Plus de 950 communes françaises ont pourtant refusé Linky, dont Saint-Nizier, Eybens, Réaumont et Luzinay en Isère. Leurs décisions ont systématiquement été invalidées par les tribunaux.
Les maires ne peuvent pas invoquer le principe de précaution car aucun risque grave n’a été officiellement identifié par les autorités sanitaires. Les tribunaux ont estimé que les arguments sanitaires invoqués ne constituaient pas un motif suffisant pour s’opposer à l’installation. Cette jurisprudence constante affaiblit considérablement toute tentative de résistance collective.
Le cadre juridique et l’obligation légale du compteur Linky
Les textes de loi imposant l’installation du compteur communicant
L’article L.322-8 du Code de l’énergie définit précisément les missions des gestionnaires de réseaux de distribution. Ce texte fondamental inclut le développement du réseau électrique et la gestion des compteurs parmi les responsabilités d’Enedis. Cette base législative établit le cadre juridique incontestable du déploiement.
Au niveau européen, la directive 2009/72/CE impose aux États membres de l’Union Européenne de moderniser leurs réseaux électriques. L’objectif affiché vise l’amélioration de l’efficacité énergétique et la transition vers des systèmes plus intelligents. La France transpose cette directive dans son droit national.
L’article 29 de la loi n°2015-992 du 17 août 2015 relative à la transition énergétique pour la croissance verte renforce ces obligations. Ce texte oblige explicitement les propriétaires et syndics de copropriété à permettre l’accès aux compteurs. Refuser cet accès constitue une violation des dispositions légales.
Le compteur est devenu obligatoire depuis 2021 selon Enedis, avec un cadre juridique encore renforcé en 2025. Les nouvelles mesures financières punitives témoignent de la volonté des pouvoirs publics d’accélérer le déploiement complet. L’arsenal législatif et réglementaire ne laisse pratiquement aucune marge de manœuvre légale aux opposants.
La jurisprudence confirmant l’impossibilité de s’opposer
En avril 2025, un arrêté de la Cour de cassation a marqué un tournant décisif dans le débat juridique. Cette décision de la plus haute juridiction judiciaire française a confirmé que les usagers ne peuvent pas s’opposer à l’installation du compteur Linky. L’argument du droit de propriété a été explicitement rejeté.
Cette installation répond à une obligation réglementaire dans le cadre du service public d’électricité. La Cour a considéré que l’intérêt général primait sur les droits individuels des occupants. Cette position jurisprudentielle établit une hiérarchie claire entre les prérogatives de service public et les libertés privées.
Le compteur appartient aux collectivités territoriales qui en confient l’exploitation à Enedis. Il ne constitue pas la propriété des occupants du logement, qu’ils soient propriétaires ou locataires. Cette clarification juridique élimine toute ambiguïté sur la nature du dispositif et les droits attachés à sa gestion.
Plusieurs centaines de mairies ayant refusé Linky ont vu leurs décisions invalidées par les tribunaux. Les juges ont systématiquement estimé que le maire ne pouvait pas invoquer le principe de précaution. L’absence de risque grave identifié par les autorités sanitaires officielles empêche toute opposition fondée sur des motifs sanitaires.
Les clauses contractuelles obligeant l’accès au compteur
Tous les contrats de fourniture d’électricité comportent désormais l’obligation d’accès d’Enedis au dispositif de comptage. Cette clause standardisée figure dans les conditions générales de vente de l’ensemble des fournisseurs présents sur le marché français. Son acceptation conditionne la souscription de tout contrat.
Les contrats EDF stipulent explicitement : « Dans le cadre du déploiement des compteurs communicants, le client doit laisser Enedis procéder au remplacement du compteur conformément aux dispositions de l’article R 341-4 à 8 du Code de l’énergie. » Cette formulation ne laisse aucune ambiguïté sur les obligations contractuelles souscrites.
Un client refusant l’intervention d’un technicien risque une résiliation de son contrat d’électricité. Cette sanction contractuelle peut conduire, à terme, à la coupure de son approvisionnement en énergie. Le gestionnaire de réseau et le fournisseur disposent de ce levier pour contraindre les derniers réfractaires.
S’opposer à l’accès au compteur revient à violer les conditions générales de vente. Le fournisseur peut légitimement invoquer cette violation pour mettre fin unilatéralement au contrat. Cette conséquence contractuelle s’ajoute aux sanctions financières déjà évoquées et renforce considérablement la pression exercée sur les opposants.
Les conséquences financières et contractuelles d’un refus persistant
Les nouvelles pénalités financières depuis août 2025
La délibération de la Commission de Régulation de l’Énergie publiée le 4 février 2025 marque un durcissement significatif. Ce texte réglementaire justifie les nouveaux frais par les coûts de maintenance des anciens compteurs qui nécessitent des interventions physiques régulières. L’argument économique légitime officiellement ces pénalités financières.
Deux niveaux de pénalités s’appliquent désormais. Les personnes qui refusent délibérément l’installation paient 46,70 euros par an, tandis que celles qui ne transmettent pas leur index de consommation s’acquittent de 76,50 euros annuels. Cette différenciation vise à pénaliser doublement les comportements considérés comme non coopératifs.
Ces frais s’appliquent systématiquement à tous les clients non équipés de Linky depuis le 1er août 2025. Aucune exception n’est prévue, hormis pour les clients confrontés à des impossibilités techniques avérées et documentées. La mesure concerne donc la quasi-totalité des réfractaires au compteur communicant.
Environ 500.000 clients sont considérés comme « muets » par Enedis. Ces consommateurs n’ont pas transmis de relevé depuis plus de 12 mois et subissent donc le niveau maximal de pénalités. Cette situation témoigne d’une résistance passive persistante malgré les pressions juridiques et financières croissantes.
La surfacturation des interventions techniques
Les clients ayant refusé la pose devront payer un surcoût lié au maintien d’un service de relève à pied. Cette prestation, devenue exceptionnelle après le déploiement généralisé, justifie selon Enedis une tarification majorée. Les coûts diffèrent selon la nature du client.
Pour les particuliers, un relevé spécial est facturé 30,82 euros. Les entreprises doivent s’acquitter de 90 euros par relevé. Ces montants représentent une augmentation considérable par rapport aux coûts historiques intégrés dans les tarifs généraux. La surfacturation vise manifestement à décourager le maintien des anciens compteurs.
Les clients sans Linky ne peuvent pas prétendre aux baisses tarifaires associées au nouveau système. Le prix du changement de puissance est divisé par dix grâce au compteur communicant. Le coût de la mise en service est divisé par deux. Ces économies potentielles sont réservées aux utilisateurs équipés.
Certaines prestations coûtent jusqu’à vingt fois moins cher avec un compteur Linky qu’avec un ancien modèle. Cette différence tarifaire massive crée une incitation économique puissante. Les opposants se trouvent progressivement confrontés à une équation financière de plus en plus défavorable à leur position.
Le risque de coupure d’électricité et de remplacement forcé
Au terme de la campagne de déploiement, les clients confrontés à des coupures d’électricité ou des pannes seront contraints de demander l’installation du compteur Linky. Cette intervention sera facturée, contrairement aux installations réalisées pendant la phase de déploiement qui demeuraient gratuites. Le coût du remplacement tardif pèsera donc sur les derniers opposants.
Enedis ne fournit plus d’anciens modèles de compteurs. Si un compteur doit être enlevé suite à une panne technique, il sera nécessairement remplacé par un compteur Linky dans sa version monophasée ou triphasée. Cette politique d’approvisionnement élimine toute possibilité de maintenir l’ancien équipement.
Un client ne pourra pas s’opposer indéfiniment puisque son compteur actuel ne pourra pas être remplacé par un autre compteur ancienne génération en cas de défaillance. Les appareils vieillissants tomberont progressivement en panne, forçant mécaniquement la conversion. La durée de vie limitée des équipements joue contre les stratégies de résistance à long terme.
Le risque de résiliation du contrat d’électricité demeure l’ultime sanction. Prévu dans les conditions générales de vente, ce mécanisme permet au fournisseur de couper l’approvisionnement en cas de refus persistant d’accès au compteur. Cette menace de coupure totale constitue le levier de contrainte le plus puissant du dispositif.
Les risques réels et controverses autour du compteur Linky
La position officielle minimisant les dangers sanitaires
Enedis affirme que le compteur n’induit pas davantage de champs électromagnétiques que les dispositifs actuels. Le gestionnaire de réseau précise que l’appareil n’émet pas des informations en continu mais seulement quelques secondes par jour, principalement entre minuit et 6 heures du matin. Cette temporalité limitée minimiserait l’exposition.
Les mesures officielles indiquent que le compteur se situe à 0,8 volt par mètre contre 87 volts par mètre autorisés par l’Agence Nationale des Fréquences. Cette valeur représente un niveau 80 à 350 fois inférieur aux seuils maximum réglementaires. Les normes d’exposition seraient donc largement respectées.
L’Agence nationale de sécurité sanitaire confirme la faible probabilité que l’exposition aux champs électromagnétiques émis engendre des effets sanitaires à court ou long terme. L’Anses compare les niveaux d’exposition à ceux générés par les dispositifs électriques domestiques courants comme les chargeurs multimédia ou les plaques à induction.
L’Organisation Mondiale de la Santé a analysé plus de 5.000 études sur les émissions radio des technologies sans fil. Cette méta-analyse publiée en septembre 2024 conclut que l’exposition à ces émissions est sans danger pour la santé humaine. Cette position internationale conforte la doctrine sanitaire officielle.
Les incidents techniques et risques d’incendie
Lors de l’expérimentation des compteurs, 7 incendies sont survenus entre août et décembre 2010. Ces incidents représentaient seulement 0,002% des installations réalisées pendant la phase de test. Cette proportion statistiquement marginale relativise l’ampleur du problème technique.
Ces accidents ne sont pas liés au fonctionnement même du compteur selon Enedis. Les enquêtes ont révélé des branchements mal réalisés, des mauvais ajustements de puissance électrique ou des défauts de serrage mécanique. Ces problèmes relèveraient donc d’erreurs humaines lors de l’installation et non de défauts intrinsèques.
Enedis a ajusté la formation de ses techniciens pour améliorer la sécurité des interventions suite à ces incidents. Le gestionnaire affirme que les opérations se déroulent désormais en toute sécurité grâce aux protocoles renforcés. Cette amélioration des procédures d’installation aurait éliminé les risques initiaux.
Dans ses conditions générales de vente 2015, EDF s’exonère de toute responsabilité en cas de panne et d’incendie. Les victimes disposent seulement de 20 jours pour apporter la preuve du contraire et chiffrer les dommages. Les assurances ont exclu de leurs garanties tous les dommages causés par les champs électromagnétiques, laissant les particuliers assumer seuls les réparations.
Les problèmes de compatibilité et de durabilité
Le compteur Linky provoquerait des interférences sur les appareils domotiques connectés selon certains utilisateurs. Les systèmes d’arrosage, volets roulants et lampes tactiles seraient sensibles à certaines fréquences, entraînant des dysfonctionnements. Ces problèmes de compatibilité affecteraient particulièrement les équipements importés.
Enedis affirme que seuls les appareils importés de Chine utilisant des fréquences similaires au-delà de 50 hertz sont susceptibles de subir des défaillances. Ces équipements non conformes aux normes européennes présenteraient une vulnérabilité intrinsèque. La responsabilité serait donc imputable aux fabricants d’appareils non certifiés.
La durée de vie limitée des compteurs Linky pose question. Les nouveaux dispositifs fonctionnent 10 à 20 ans contre 50 à 60 ans pour lescompteurs actuels. Cette obsolescence programmée nécessitera des remplacements fréquents avec les coûts environnementaux associés.
Le coût de renouvellement des matériels n’a pas été pris en compte dans l’analyse technico-financière initiale sur laquelle la CRE s’est basée. Les concentrateurs ont une durée de vie de seulement 10 ans. Cette omission dans les calculs économiques fausse l’évaluation de la rentabilité globale du projet.
Chaque compteur consomme en permanence 10 watts d’électricité, soit 5 à 10 fois plus d’énergie que les compteurs actuels du fait de leur système électronique. À l’échelle nationale, cette consommation permanente représente un gaspillage énergétique considérable. Les 700.000 concentrateurs et antennes-relais installés dans les postes de transformation ajoutent leur propre consommation au bilan énergétique.
Si on ajoute le coût environnemental de fabrication de ces compteurs complexes et l’énergie consommée par les centres de données numériques gérant les informations, le bilan énergétique global devient très discutable. La technologie CPL a été retenue alors qu’il existait une technologie par fibre ne présentant aucun de ces inconvénients techniques et énergétiques.
La Cour des comptes a reconnu que le déploiement a été réalisé dans les délais avec un coût inférieur de 18% aux prévisions initiales. Elle déplore néanmoins les bénéfices réalisés par Enedis suite à ce déploiement. Le coût initial ayant été surestimé, les mesures prises ont permis au gestionnaire de réaliser des profits au lieu de simplement rembourser ses dépenses.
L’argument des économies d’énergie promises est remis en question par plusieurs analyses. L’ADEME estime que Linky permettrait aux foyers français de réaliser entre 7 et 10% d’économies sur leur facture. Cette estimation repose sur une utilisation active du suivi de consommation, ce qui demeure hypothétique pour la majorité des usagers peu sensibilisés.
A-t-on vraiment besoin d’un compteur électronique pour faire des économies d’énergie ? Savoir qu’un radiateur électrique consomme beaucoup ou qu’il ne faut pas laisser des appareils en veille relève du bon sens. Le service de factures basées sur la consommation réelle était déjà disponible avant Linky.
Au Québec et en Espagne, depuis l’installation des compteurs communicants, toutes les factures ont augmenté selon plusieurs études indépendantes. Cette expérience internationale contredit les promesses d’économies avancées en France. Les retours d’expérience étrangers suggèrent plutôt une tendance à l’augmentation des coûts pour les consommateurs.
Le déploiement va entraîner la suppression de milliers d’emplois, notamment ceux liés à la relève des compteurs et aux interventions physiques qui se feront désormais à distance. Le directeur régional d’Enedis l’a reconnu publiquement : la suppression de 10.000 emplois générés par la relève est prévue. Les personnels, qui ne sont pas électriciens, ont été formés rapidement pour installer le Linky jusqu’en 2022, leur assurant un emploi temporaire avant la disparition de leurs postes.
La Plateforme opérationnelle anti-Linky recense en mars 2024 quelque 847 communes ayant voté contre l’arrivée des compteurs. Plusieurs centaines de mairies ont pris la liberté de refuser Linky sans se soucier des conséquences. La Direction Générale des Collectivités Locales a dû émettre une note rappelant à l’ordre ces communes opposées.
À Saint-Martin-d’Hères, Pont-de-Claix et Fontaine, des habitants se sont organisés pour empêcher les techniciens d’installer le nouveau compteur. Un collectif Grenoble-anti-Linky s’est constitué pour informer la population et organiser une résistance à l’échelle métropolitaine. Ces mobilisations locales témoignent d’une opposition citoyenne persistante.
Les nouveaux occupants d’un logement sans Linky, suite au refus d’un précédent résident, peuvent demander une installation qui ne sera probablement pas facturée. Enedis prévoit cette situation et considère que le déploiement dépasse le cadre d’une simple décision individuelle. Le locataire n’a pas besoin de l’accord de son propriétaire pour installer le compteur, le processus faisant partie intégrante de l’amélioration du réseau électrique public.
Les radioamateurs ont qualifié le CPL de « cancer des ondes » en raison des brouillages intenses constatés sur leurs émetteurs et récepteurs. Cette technologie perturbe l’ensemble du spectre radiofréquence environnant. Les professionnels de la radio dénoncent depuis plusieurs années ces interférences massives causées par les compteurs.
Malgré toutes ces controverses, le déploiement des compteurs Linky est officiellement achevé depuis 2021 sur l’ensemble du territoire français. Les installations sont désormais réalisées sur demande ou lors du remplacement d’un compteur défaillant. Un compteur peut être identifié par sa couleur vert fluo, son affichage digital et le mot « Linky » en façade. Les modèles ancienne génération fonctionnent avec un disque rotatif, des aiguilles ou un affichage numérique non communicant.
Le remplacement ne prend que 30 minutes environ et comprend l’installation ainsi que certains tests de fonctionnement. Le technicien procède à l’activation et repart avec l’ancien compteur. Un mode d’emploi est remis pour naviguer sur l’écran d’affichage du dispositif. Pour consulter si vous êtes concerné par une installation, il reste possible de vérifier le calendrier de déploiement sur le site d’Enedis.
Face à cette situation complexe, chaque citoyen doit peser les avantages et inconvénients du compteur communicant. Les gains en termes de facilité de gestion et de suivi de consommation s’opposent aux inquiétudes sanitaires, à la surveillance des données et aux surcoûts imposés. La transition énergétique justifie-t-elle tous les moyens employés pour imposer cette technologie ?
